Axe 2 - Médias, Culture et Politique (Dir. Eric Darras)

Les perspectives de recherches de l’Axe 2 se déclinent autour de 2 projets de recherche.

PR " Les transformations des économies internes des champs journalistique et politique "

Ce programme de recherche interroge les transformations des économies internes des champs journalistique et politique. Can Journalism Survive  ? Au moment où le journalisme connait sa plus importante mutation historique depuis les années 1920, le LaSSP constitue l’un des rares collectifs de recherche français, parfaitement insérés dans les réseaux de recherche internationaux, capable de penser collectivement et sereinement ces questions démocratiques essentielles.

Les travaux sur le journalisme politique du laboratoire toulousain bénéficient d’une vraie reconnaissance comme en témoigne notamment la qualité des thèses soutenues aussitôt publiées, multiqualifiées et distinguées par des prix nationaux (M. Grossetête, E. Gatien, S. Véra Zambrano), l’obtention d’importants contrats de recherche (avec l’Université d’Amsterdam ou New York University, PCRD…) ou encore le fait que ses chercheurs dirigent les numéros spécialisés des revues scientifiques de référence. L’obtention d’un important contrat de recherche (MediaAct) dans le cadre du 7ème PCRDT a notamment donné l’occasion d’engager une enquête comparative sur les modes de régulation de la profession journalistique.

Toulouse est devenu de facto un lieu de production et de rencontres de la recherche internationale dans ce domaine comme en témoigne l’accueil au long cours dans le laboratoire de chercheurs étrangers reconnus internationalement sur ces questions (Aeron Davis, Risto Kunelius, Rodney Benson, Daniel Hallin, Michael Schudson, Nick Couldry, Paolo Mancini). Les chercheurs du LaSSP participent volontiers en retour à différents programme de recherches, par exemple le « Online media project » sous la direction de R. Benson (New York University) et I. Schultz (Roskilde University Center, Copenhague, Danemark). Grâce à ces échanges, le LaSSP reste une interface unique en France dans un débat académique international qui est en passe de se redéfinir autour de notions telles que celles de « mediatization » (Aeron Davis) et de « media capital » (Nick Couldry), lesquels empruntent à l’appareillage conceptuel élaboré par Pierre Bourdieu et Patrick Champagne (longtemps chargé de cours à l’IEP de Toulouse). Les liens historiques qui unissent le LaSSP aux meilleurs spécialistes mondiaux lui confèrent une responsabilité particulière pour monter en généralité, faire traduire et connaitre les travaux français, débattre des emprunts intellectuels en langue anglaise parfois hasardeux ou approximatifs pour faire progresser la connaissance des relations entre les champs journalistiques et les mondes sociaux qu’ils médiatisent.

PR " Socialisations, Engagements et mobilisations politiques pratiques (SEMOPP) - Political Culture & participation "


Ce deuxième programme de recherche de l’axe 2 (Socialisations, Engagements et mobilisations politiques pratiques) se déploie autour des acquis d’une sociologie politique qui continue en France à faire preuve et à faire ses preuves, tout en intégrant les critiques et certains apports réels (quoique confus et inégaux) des quelques travaux véritablement sociologiques des Cultural Studies de Birmingham dont sont issues les sociologies dites de la « réception », les Gender studies, les Subaltern studies devenues Post-colonial studies.

Une fois resociologisées, certaines perspectives permettent de mieux comprendre les rapports ordinaires au politique, les mobilisations, engagements et jugements politiques profanes. Comprendre le rapport des individus au mode de domination politique (au Droit, à la Nation, au gouvernement représentatif, aux partis et professionnels de la politique, au vote…), dont la compétence sociale (Empowerment, Agency ou auto-habilitation au sens de Gaxie), le refus ou le rejet du système politique tel qu’il est, suppose de dépasser la politique institutionnelle, la seule socialisation opérée par les campagnes électorales, le militantisme, les discours d’hommes politiques ou d’autres manifestations officiellement labellisées comme « politiques ».

L’expérience vécue des rapports sociaux au quotidien et au local : les rapports au travail, au voisinage, au quartier, aux autres membres de la famille, aux street level bureaucrats (professeurs des écoles, infirmières, policiers…), la politisation par l’exposition quotidienne aux médias dominants (humoristes à la radio et sur internet, séries télévisés…) comme l’ensemble des pratiques sportives et culturelles (punk, rap…)… donnent sens aux perceptions profanes du politique. Il s’agit donc d’élargir la conception étroitement politologique de ce qui est politique donc de ce qui ne l’est pas, à rebours des régressions en cours vers l’habitus disciplinaire soit d’une conception habermassienne normâle, bourgeoise, urbaine, hyper-rationaliste et occidentalo (parisano)-centrée qui postule UN espace public monolithique. Il subsiste au contraire d’autres échelles et modalités de la politisation, des politiques ailleurs et autrement, des espaces publics alternatifs, féminins (sans être toujours féministes : presse people comme le montre la thèse de S. Vera Zambrano), ruraux (sans être conservateurs ou apolitiques : autour de José Bové comme le montre la thèse d’A. Bourad ; les circuits agro-alimentaires courts comme le montre la thèse d’A. Malié), ouvriers et ruraux (le monde de l’art du tuning, comme le montrent les travaux d’E. Darras), liés aux clubs sportifs (les surfeurs et la défense de l’environnement étudiés dans le cadre de l’HDR de J. Weisbein ; nos collaborations étroites et anciennes avec le laboratoire toulousain de sociologie du sport SOI) au cinéma et musiques populaires (Nollywood avec la thèse d’A. Batard ; les réceptions des séries télévisées travaillées par S. Vera-Zambrano) aux pratiques artistiques (travaux de F. Bajard) ou aux médecines non-conventionnelles (thèse de F. Parent)…

Mais face aux succès des populismes sociologiques qui célèbrent l’Agency, les ruses des faibles, la créativité, l’Eigen-sinn ou la résistance des plus démunis, les travaux du LaSSP, ni cyniquement domino-centrés, ni naïvement relativistes, réintègrent le politique par le haut pour une construction plus réaliste de l’objet sociologique et montrent ainsi que ces acteurs du politique par le bas n’en sont pas moins toujours confrontés aux armes des forts (au droit, à la répression, aux récupérations…), à l’Ordre politique. Sur ce thème notamment, un colloque international du LaSSP a rassemblé les 17 et 18 mars 2011 à Toulouse, politistes et historiens pour débattre du Eigensinn autour d’Alf Lüdtke ; il est en cours de publication pour la revue Sociétés contemporaines. Cette méthodologie particulièrement fructueuse fut également mise en œuvre dans l’ANR « Prescription et réception des normes scolaires » (en association avec le CDP (centre de droit privé, UT1 Capitole).